ARMEFLHOR
1, Chemin de l’Irfa, Bassin Martin – 97410 Saint-Pierre – La Réunion
Tél : 0262 96 22 60

ARMEFLHOR 1, Chemin de l’Irfa, Bassin Martin – 97410 Saint-Pierre – La Réunion
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La Mouche charbon, pollinisateur sous abri

Issu d’un partenariat avec le Cirad et La Coccinelle, le Xylocope est disponible pour les maraîchers sous serre de La Réunion.

La Réunion est le département d’Outre-mer qui possède le plus de serres : près de 10 % des exploitations ayant effectué une production légumière possédaient un abri en 2007. De plus en plus de cultures maraîchères trouvent leur place dans cette méthode de production. C’est notamment le cas du melon, du poivron, du concombre et dans une moindre mesure de l’aubergine, de la courgette et de la fraise. La tomate est cependant très majoritaire, notamment la petite tomate oblongue, cœur de marché sur l’île. La tomate représente plus de 30% des 50 000 tonnes de légumes produits à La Réunion, ce qui fait d’elle un produit stratégique.

 

La production de tomates à destination du frais se partage entre les cultures en plein champ et sous abri. Depuis une vingtaine d’années, on observe un transfert de la pro­duction de tomates en plein champ vers les serres. Les producteurs cherchent ainsi à se prémunir des contaminations bactériennes du sol (Ralstonia solanacearum) et des bioagresseurs de culture (insectes ravageurs de fruits, insectes vecteurs de virus, mala­dies cryptogamiques). Aujourd’hui, 60% de la tomate produite à La Réunion est cultivée sous abri, en hors-sol, sur une superficie totale d’environ 70 ha.

UNE POLLINISATION MANUELLE COÛTEUSE

En plein air, c’est souvent le vent qui permet la fécondation des fleurs de tomate. Sous abri, sans action particulière, la nouaison est très irrégulière. Pour l’améliorer, les pro­ducteurs de La Réunion secouent les hampes florales à l’aide d’un souffleur de feuille ou d’un vibreur électrique. Cette technique est coûteuse en temps et ne permet pas toujours la fécondation de la fleur au bon stade physiologique.

Production de tomate hors-sol sous serre à l’Armeflhor

La pollinisation la plus efficace est le fait de quelques espèces spécialisées dans la pollini­sation par vibration. En 1987, on a découvert en Europe continentale que les bourdons étaient une excellente alternative pour remplacer la pollinisation manuelle de la tomate. Le bourdon s’agrippe à la fleur et fait mouvoir rapidement les muscles du vol en bloquant ses ailes, faisant ainsi vibrer toute la fleur. Les bourdons travaillent sans relâche sur une large gamme de températures entre 15 et 25°C. Ils savent exactement le moment où les fleurs sont le plus à même d’être visitées.

Le temps consacré à la fécondation manuelle, ajouté à la moins bonne fécondation des fruits par cette méthode, font de la pollinisation vibratile par insecte un axe stratégique à l’amélioration de la rentabilité des exploitations.

L’utilisation des bourdons présentent de nombreux avantages :

  • augmentation des rendements de 20 à 30%, avec des calibres de fruit supérieurs ;
  • faible coût, donc rentabilité ;
  • diminution de l’usage des pesticides ;
  • économie de temps par rapport au vibrage.

À La Réunion, aucune espèce de Bombus n’est répertoriée et une importation de cet in­secte sur l’île n’est pas envisageable. En effet, les risques liés à cette introduction sont trop importants : compétition avec les pollinisateurs indigènes pour la ressource en fleurs, compétition pour les sites de nidification, co-introduction d’ennemis naturels, pollinisa­tion d’espèces exotiques, perturbation de la pollinisation des plantes indigènes…

LA MOUCHE CHARBON, SUPER BUTINEUSE

Xylocope sur une fleur de tomate

Xylocopa fenestrata, est une abeille des régions subtropicales, présente à La Réunion, qui participe à la pollinisation d’au moins une quarantaine d’espèces végétales, dont des solanacées comme la tomate et l’aubergine, des cucurbitacées (melon, pastèque) ou encore des fabacées avec le pois d’Angole.

Appelée localement « mouche charbon », elle est très adaptée à la pollinisation en climat chaud, butinant à des températures dépassant les 35°C. En climat subtropical, il n’y a pas d’interruption d’activité de pollinisation au cours de l’année (absence de diapause), ce qui la positionne comme pollinisateur des espèces maraîchères à floraison continue.

Les femelles de Xylocopa fenestrata nichent dans des galeries creusées dans du bois, au fond desquelles elles confectionnent une boule de pollen mélangée à du nectar. Elles y déposent un œuf avant de clore la cellule avec une cloison à base de fragments de bois.

L’enjeu est de pouvoir proposer aux agriculteurs réunionnais une méthode de polli­nisation par insecte vibreur, au même titre que le bourdon, avec Xylocopa fenestrata, naturellement présent sur l’île.

 

Trace de pollinisation sur une fleur de tomate

La tomate est la première production pour laquelle le programme d’expérimentation de l’Armeflhor a été développé. Les travaux entamés en 2013 ont poursuivi plusieurs objectifs opérationnels, expérimentaux et scientifiques :

  • mettre en place un élevage en milieu confiné ;
  • étudier la capacité de pollinisation de la tomate par la mouche charbon et élaborer des préconisations de lâchers ;
  • améliorer la connaissance de l’insecte, de sa biologie et de son comportement.

PARTENARIAT ARMEFLHOR-COCCINELLE-CIRAD

Mouches sur un biberon d’alimentation

En 2014, un important partenariat spécifique a été mis en place sur les aspects de lutte biologique entre l’Armeflhor, le Cirad et la biofabrique La Coccinelle, formalisé dans une convention tripartite. Au regard de la large gamme d’auxiliaires proposée en Eu­rope, les professionnels de La Réunion ont défini comme une priorité le développement des possibilités de lutte biologique sur les ravageurs majeurs des cultures maraîchères locales. Dans cet objectif, le Cirad a pour rôle l’amélioration des connaissances sur la biologie de l’insecte, l’Armeflhor, la réalisation des tests d’efficacité sous serre, et La Coccinelle l’élevage de masse.

Lors des essais menés par l’Armeflhor depuis 2015, les suivis des taux de pollinisation ont montré un intérêt majeur à l’utilisation du pollinisateur sur culture de tomate sous serre. Les tests d’évaluation de la pollinisation réalisés de 2015 à 2017 ont eu lieu sur la station d’expérimentation de l’Armeflhor, à 300 mètres d’altitude, dans des serres recouvertes de tôles polycarbonates. En 2018, l’intérêt du pollinisateur a été mesuré sur exploitation, sur 6 sites répartis dans l’ensemble de l’île.

DES RÉSULTATS PROBANTS SUR EXPLOITATION

Belle nouaison

Les pourcentages de fleurs fécondées sont, sur tous les sites, d’un niveau très élevé. Les rendements sont significativement supérieurs grâce au xylocope, dont l’activité est maximale lorsque le temps est ensoleillé. Seule une succession de journées couvertes et pluvieuses explique que certaines fleurs n’ont pas été visitées et que le taux de pollini­sation soit inférieur à 100%.

Une méthode d’élevage artisanale sur fleurs et sirop de nourrissage permet de multi­plier simplement la mouche charbon. Les quantités relativement faibles de xylocope né­cessaires à la pollinisation (environ 500 individus/ha) rendent cette méthode d’élevage envisageable pour un déploiement chez les producteurs de tomates.

Alors qu’en métropole les ruches de bourdons doivent être renouvelées périodique­ment, le xylocope reste inféodé à la serre et peut être utilisé sur plusieurs cycles de culture. De plus, il peut se multiplier dans la serre sur pollen de tomate. La nouvelle génération peut alors prendre le relais de l’ancienne, ou encore être transférée dans une autre serre.

En 2019, les différents objectifs poursuivis par l’Armeflhor ont été remplis avec la confirmation de l’utilité de la mouche charbon dans la production de tomate sous serre. En plus de l’amélioration du rendement et de l’augmentation de la taille du fruit, cer­tains producteurs chez qui le xylocope a été déployé, ont constaté une homogénéisation de la pollinisation des bouquets floraux, permettant de proposer aux consommateurs réunionnais de la tomate « grappe ». L’insecte, qui travaille tous les jours, plusieurs fois par jour, butinant les fleurs aux moments les plus favorables, montre une efficacité indéniable par rapport à la pollinisation humaine.

Lors des essais menés par l’Armeflhor depuis 2015, les suivis des taux de pollinisation ont montré un intérêt majeur à l’utilisation du pollinisateur sur culture de tomate sous serre. Les tests d’évaluation de la pollinisation réalisés de 2015 à 2017 ont eu lieu sur la station d’expérimentation de l’Armeflhor, à 300 mètres d’altitude, dans des serres recouvertes de tôles polycarbonates.

En 2018, l’intérêt du pollinisateur a été mesuré sur exploitation, sur 6 sites répartis dans l’ensemble de l’île.

TÉMOIGNAGE

vignette jl robert

Jean-Luc ROBERT,

Producteur sous abri à la Plaine des Cafres (974)
et expérimentateur engagé aux côtés de l’Armeflhor.

« Depuis que la pollinisation est assurée par le xylocope, j’ai pu augmenter ma production d’environ 30% et passer à un autre produit, la tomate grappe, tout en diminuant les coûts de production d’environ 1,50€/m². Il y a également une diminution de la main d’œuvre avec un poste en moins sur l’exploitation. Je n’utilise plus d’insecticide et j’ai passé l’intégralité de ma production en Protection Biologique Intégrée. »

UN AUXILIAIRE BIENTÔT DISPONIBLE POUR LES PRODUCTEURS

Début 2020, les techniques d’élevage développées au cours des expérimentation me­nées par l’Armeflhor ont été transférées à l’équipe de la biofabrique La Coccinelle. L’objectif est maintenant la production pour une diffusion à grande échelle auprès des professionnels. L’élevage de masse monte progressivement en puissance.

 

Courant 2021, un nombre suffisant de ces pollinisateurs sera disponible, sur commande et sous condi­tions d’accueil dans un premier temps, pour permettre une diffusion progressive, dans le respect d’un équilibre entre couverture maximale de la demande et maintien dans le temps de l’élevage.

 

La disponibilité en mouche charbon pour les serristes réunionnais augmentera au cours des années à venir.

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